

À Kinshasa comme dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo, une question de plus en plus préoccupante agite l’opinion publique : que deviennent les vastes terrains autrefois attribués aux grandes confessions religieuses ?
Les églises telles que l’Église catholique, l’Église du Christ au Congo (ECC) ou encore l’Armée du Salut disposent, depuis l’époque coloniale, d’importants espaces fonciers. Ces terrains leur avaient été confiés dans un but précis : servir la communauté, accueillir les fidèles et promouvoir les valeurs chrétiennes à travers l’évangélisation et les actions sociales.
Des espaces communautaires transformés en zones commerciales
Aujourd’hui, le constat est amer. Plusieurs de ces terrains sont progressivement cédés ou loués à des opérateurs économiques, notamment des expatriés, pour y ériger des commerces, des immeubles ou d’autres infrastructures à but lucratif.
Sur l’avenue de la Libération (ex-24 novembre), aux abords de la cathédrale protestante relevant de l’ECC, le paysage a profondément changé. Les espaces autrefois ouverts aux fidèles sont désormais occupés par des constructions commerciales, au point où il devient difficile, voire impossible, de trouver un espace pour stationner.
Ce phénomène n’est pas isolé. Il s’observe dans plusieurs paroisses et communautés à travers la capitale.
Une rupture avec la mission initiale ?
Ces terrains, jadis lieux de rassemblement, de sensibilisation et de prière, ont progressivement perdu leur vocation spirituelle et sociale. Pour de nombreux fidèles, cette évolution est perçue comme une trahison des valeurs fondamentales de l’Église.
Dans les Évangiles, Jésus-Christ lui-même condamnait fermement le commerce dans les lieux sacrés, rappelant que la maison de Dieu devait rester un espace de prière et non un marché.
Aujourd’hui, la réalité semble s’éloigner de cet idéal.
Des fidèles désabusés et en quête de réponses
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent. Des fidèles dénoncent une gestion jugée opaque et des décisions prises sans consultation de la communauté.
Beaucoup s’interrogent :
- Ces ventes profitent-elles réellement à l’Église ou à des intérêts privés ?
- Où va l’argent généré par ces transactions ?
- Les besoins des fidèles sont-ils encore une priorité ?
Le sentiment d’abandon est réel chez certains croyants, qui estiment que leurs lieux de culte sont progressivement étouffés par des logiques commerciales.
Interpellation des responsables religieux
L’Église du Christ au Congo, dirigée par André Bokundoa, est particulièrement interpellée par cette problématique. Mais au-delà d’une seule confession, c’est l’ensemble des grandes églises concernées qui sont appelées à faire preuve de transparence et de responsabilité.
Ces espaces ne sont pas de simples biens immobiliers. Ils représentent un héritage historique et spirituel, destiné au bien-être collectif.
Entre mission spirituelle et tentation financière
La question centrale demeure : peut-on encore faire confiance à certains responsables religieux lorsque les intérêts économiques semblent primer sur la mission pastorale ?
La transformation progressive des églises en espaces entourés de commerces soulève un débat profond sur l’avenir du rôle des institutions religieuses dans la société congolaise.
Il devient urgent d’ouvrir un débat national sur la gestion du patrimoine foncier des églises. Car au-delà des bâtiments et des terrains, c’est la crédibilité même des institutions religieuses qui est en jeu.
L’Église doit-elle rester un refuge spirituel pour tous ou devenir un acteur économique comme les autres ?
Une question à laquelle les fidèles, aujourd’hui plus que jamais, attendent des réponses claires. LE TONNERRE